Corps et biens




Mon  porte-avions a sombré
Les recherches se poursuivent 
Raclant les récifs, j'extrais quelques débris inqualifiables
Son épave reste un mystère entier
 Le rythme de mes commémorations s'accélère
Et les couronnes funéraires
Tournent autour de ma taille comme des hula-hoops
Encerclant mon bien et son corps perdu
Que reste-t-il des crissements qui m’irritaient au décollage ?
Je  nage moins bien sans sa brasse large d’épaules
Nous voguions je crois
L’attraction terrestre ne s’offusquait pas de nos soubresauts
  Il perçait le mascaret de mes vagues à l'âme
Le courant de mes humeurs
Et ce n’était pas du luxe
L’envol, l’envol c’était son truc

Mon porte-avions s’est enfoncé dans l’inadvertance
Enseveli à tout va entre les reflux
Je n’en reviens pas d'avoir ignoré jusqu'au bout
La gravité de ses avaries
Et leur fréquence, je l’ai négligée aussi
Il a flotté longtemps dans l’air que je lui donne
Plongé, plongé depuis dans les profondeurs
J’abondais amplement en ses sens
Quand il me prenait sous les déferlements plongeants
Puis il s'est englouti
 Des messages de détresse, je peux en recevoir
Quelques SOS lâchés depuis les hauts-fonds
Lancés comme il peut contre sa submersion
 Et debout face au large
Immobile au centre du calme plat
Je les entends