À ceux d'avant et aux autres







Requiem




Je t'ai aimé sans fond
Sans écho, dans l'effort
Muselée par ton temps
Je t'ai aimé comme un carême
J'ai bu jusqu'à la lie ton mucus
Afin que ne m'échappe aucune des transsudations
Que tu aurais, malgré toi,  abandonnée au sol
Léché du bout de ma langue tes gerçures
Je t'ai aimé comme une seconde peau
 J'ai bercé dans mes bras creux, pour l'apprendre, ton absence 
J'ai marché sans bord, entravée par ton écharde
Je t'ai aimé, négligeant la persistante sensation d'une faim légère
De cette agonie radieuse, je n'ai rien su







Janvier 2015


Des chocolats aux fenêtres





La coupe au bord de nos lèvres a vécu
Sèche la cuve en or de nos dilutions
J'attends la fin des ablutions qui, chaque fois ravivent les dommages

J'attends, me tends vers l'infini de l'endurance
Une irritation au bord de l'oubli subsiste
Autour d'elle se répand le souffre de mon engourdissement

Tu descends à peine de mon dos
De part et d'autre du fil de mes pensées passagères
Tu m'asperges de ton immuable mutisme

Je t'inhume à tout vent sans y croire
Ce qui resterait je l'éparpille, le souhaite à d'autres
Je ne prédis plus l'avenir, j'avoue, j'envie l'usure

J'attends, me tends vers l'amnésie
J'en sais trop de l'indigence de ma mémoire qui t'immortalisa
L'effet, sans doute, de tes aveux à l'envers


Je ne sentirai plus ton goût vain dans ma bouche
Ton goût irremplaçable aussi
J'attends, me tends, patience inépuisable

Si j'attends plus, si je me tends mieux
Un jour peut-être, les rudiments de ta voix enfin dégorgeront
Sous l'espèce de drap penché, l'espèce de sècheresse aseptisée de l'espace






Mars 2014





Porte-avions





Condamnée à rester vacante
Séparée
La pensée repliée
L'olfaction flottante
Les ailes, les ailes un peu lourdes
Les cicatrices aux talons 
Condamnée à l'errance
Comme en suspens
 Le temps se gazéifie je crois
Je rêve avec un masque
L’atterrissage est impossible, impossible
Sans les reins déjetés de mon porte-avions


 1ier Janvier  2012

Ghetto







L'histoire continue et m'achève, je m'incline
Malédiction irremplaçable, j'y suis vautrée sans rémission
Sol âcre de la passionnée perte, bagatelle ruineuse
Capitulation 
Depuis si, si, si longtemps, je tourne en vain
Dans le ghetto de ta paume
Imposante d'impassibilité
Qui pourtant m'arracha jusqu'au besoin de la promiscuité des voix
Jusqu'à l'idée d'un dos 
J'étouffe à perdre haleine
Sous un soupir continu que mes poumons stockent
Comme un fait






31 Décembre 2013









Oscillation



Par moment, au creux de mon vagabondage
Tu es ton pays tout entier
Ton poids me fait basculer et rien ne penche en ma faveur
Ni les savoirs, ni les faits
J'envisageais l'équilibre, c'est déjà trop
Alors j'ai songé, l'oreille interne indifférente
À l'aube, assez vite j'ai conclu à la fissure
Penchée vers l'impossible
Puis, au soir, je me suis adonnée sans restriction à l'attraction fébrile
Glissée toute entière dans le nœud coulant de mon attachement
Méthode : plaçant méticuleusement
De chaque côté de la ligne où rien n'est plus
Où, soyons honnête, n'a jamais été, je veux dire, d'aplomb
Ici, le passé
L'avenir, disons, là
Ils pèsent autant
Les bonnes raisons, les prudences
Les conséquences et les savoirs anciens
Que
Les envies sombres et les odeurs de peaux
Les plongeons au centre de sphères si privées
Qu'elles restent là
Flottant sans fin dans la myéline





Décembre 2011




Remembrance




Il est, derrière le flux des actes, un souffle court
La juridiction de l'attente
Plus sinueuse à l'approche du soir
Mastiquée tant qu'elle a perdu son goût d'argile
L'attente
Roulement à vide contre : 
La sècheresse de la perte
Les strophes à peine finies
La neutralité lisse de l'oubli
Le moi de cendres
L'apnée
Le défilé des mémoires bleues du passé gravé sur les sols où marcher
Comme si
De tout ce qu'on a su, rien n'était
Défaire l'émoi, s'affairer, aux abois
La résistance au rêve pourrait devenir grande
Durcie longtemps, longtemps durcie
Par la remembrance.



Décembre 2011

Mon étranger






Nous disparaîtrons sous la piètre fiabilité des songes
Renouerons au lien molletonné des fautes passées, oubliées aussitôt
L'amère allure
Des étrangers nous reprendrons la nuit
Le cours, le balancement impassible des jours
Nous survivrons à tout cet affront
Les traces d'un souffle alcalin un peu sur le regard
Nous batifolerons dans des langues inaudibles
Séparés, étonnés de pouvoir encore boire
Nous boirons, c'est tant mieux
Surpris pourtant de ne pas trouver dans les autres affairés
Palpitants d'aise à nos abords
La chose
La matière même de ce qui nous tua
La rage enflammée de la convoitise, la vigueur
Notre étranger commun
L'étranger obstinément éveillé
Notre besoin sans fond
 Borné dans sa mutité presque belle
Dans son silence il nous adorera encore
Il nous a fécondé d'un temps insu





Décembre 2011










T'aduler





 


T'aduler
Te pendre au cou de mes enthousiasmes encore vifs
T'empailler presque
T'abriter à demeure
Me happer dans ta chair
Partir de ta fournaise
Tu es vaguement indemne
Courbé sur moi
Pliée jusqu'à l'os
Sous la charge de notre débine
T'évoquer
Te convoquer
Corps mort de mes pensées diffuses
T'animer
Te retourner
 Ébahie de tant avoir cru
Te convoquer encore
La larme à l'oeil
T'espacer
Le temps est trop abouti
Le dissoudre
Te laisser m'immiscer
Me hisser à tes côtés
T'effacer












Piqûre de rappel





Je me maudis 
Les aveuglements et les aliénations 
Me sont passés sur le corps tant de fois
Que l'avenir devrait s'être tatoué sur mon épaule
  Je remue de partout pour me désensabler
Il est des folies particulières d'où rien ne sort
Des errements sourds
Aux trappes du temps enseveli qu'on a passé
  Tu m'as cherché sans jamais me trouver
C'est donc moi qui me perds
Ton savoir mort m'excentre
Me reste à disparaître
Comme avant
Les doigts emmêlés sous la langue




Juillet 2011 



















Absence





Parfois le silence je n'y crois pas
Je l'écoute jusqu'à mon effacement complet

 Ton absence est sans recours
Je m'écoule de toi et je n'oublie rien
Personne pour me retenir dans ma rémission
C'est là que s'immergent toutes mes heures

 Le silence, t'adorant toujours dix pieds sous terre
Comme pour rien, l'enfer, pour rien
 Je reste assommée, pliée pour toujours dans un coin d'adultère
Tenue fermement enfermée des ans par pans entiers
Pour rien, l'enfer, pour rien





Mars 2010











La veille de la Saint Valentin







C'est fait
Je reste
C'est décidé
J'ai tout fait
Presque
Tout à fait
Ce que je devrais fêter
Ne pas avoir péri étouffée
Je ne veux pas savoir de quoi sera fait ce que je souhaite
J'ai trop passé mes nuits à m'entretenir
Sans rien jamais t'entendre dire
D'accord, c'était bien mieux avant
Quand je n'avais pas compris non plus
Que tout reste affaire de tout ce que tu me disais
Ça, c'est derrière, avant les faits
Je ne reviens pas là-dessus
C'était hier, c'est fini, c'est vrai
Je suis déçue
Mais en effet
En fait
C'est fait







Février 2011









Croisades







Jamais, l'abandon
Ma passion est accommodée aux désordres
Je hausse le ton pour affranchir  les mots imprononçables
Les chœurs ne se fondront pas dans l'inouï
Je vibre, c'est mon devoir
Je chercherai longtemps
Je perdrai méticuleusement le Nord
Je resterai debout face aux poussières
Mais l'illusion me nourrit de cet amour d'azur
Donc je n'en changerai pas
Au creux de l'absence toujours féroce et froide
Contraints sont les mots,  un drap me recouvre
Pourtant tu peux m'entendre
Tu es venu de loin
Passion mettant à nu d'un battement de cil
Le tourment de l'envie
Encore sous les gaz et la boue
L'envie jamais bue 
 Reprenant aux muqueuses 
L'envie épuisante
Mais toujours tiède et lourde de n'en pas démordre
De l'attache qui m'exile à tes bords





2 Juin 2011



One day he'll come along

 



Demain
Après-demain
Un jour
Tuesday
Solide l'idée
In a little while
Du désir
He'll come along
Il sera grand et fort
Noué dans la gorge
A l'attente
I'll do my best

Un jour
 When he'll come my way
Demain
Je mettrai ma robe blanche
 Would you?
Celle
Qui serre aux
Maybe not
Aujourd'hui
Craque aux coutures
Je sais que c'est absurde
We won't say a word
Sauf lui

Mais les volants sont dans le dos
Je ne les vois pas
Continue 
To make him stay
Plutôt docilement
He'll come along
D'espérer au loin
Mon emploi du temps
I'll understand
Pour plus tard
It seems

Un jour
Il
Celui que
He'll come along
Il sera celui
And smile
Qui
Demain
Mardi
Construira
Une petite maison

He'll look at me 
Rester
We'll never roam
Juste moi
  
Mardi
Après-demain
Cette fois
I'll do my best
Et jamais
Plus jamais
When he'll come my way
Je n'errerai
Celui
Que
Who would ?
Peut-être
L'homme que j'aime

Le mien
When he'll come
My way
Il me serrera
En souriant
Maybe not
Évidemment
La main 
My good news day
Is it
Quoi de plus ?


Just meant for two
Celui qui n'est nulle part
Qu'ailleurs
Passant
Derrière
He'll come along
One day
Quand
Maybe he'll come
Je regarde
Jeudi 
On Sunday
Obstinément
Devant


Mai 2011










Soins palliatifs






La perfusion a été débranchée
Je n'étais plus qu'un trou de mémoire
Avais-je encore l'intraveineuse enfoncée dans l'avant-bras
Lorsque les portes de l’ascenseur se sont refermées sur ta décision ?
Nourrie par sonde aux apports hyper-protéinés
Je divaguais quand les équipes se relayaient à l'aube
Le coq chantait et du fond de mon coma, je lui en ai voulu
De ne pas s'être tu lorsque je trépassais
Est-ce dans un bras ou dans l'autre que nous serions tombés
Au bout du compte à rebours de mes soins palliatifs ?
Mystère
Les cathéters sont muets et le glucose endort
 Au service des thérapeutiques d'appoint
Je ne te survivrai pas
Le Tiers peut faire l'objet d'un culte, il est toujours payant
Et on connait la suite
Rien n'est gratuit après
Sauf avant
Les déclarations
 On m'a déconnectée des vivants
 Trop tôt peut-être
C'était pour ton bien





Mai 2011



Levée du corps



Il est un fait de toi qui ne cède pas
Comme à d'interminables funérailles
J'assiste sans bouger
J'attends l'heure de déposer une gerbe
M'évanouissant enfin sur la stèle
Mais les tiges des tulipes et les marguerites
Sont encore enfouies dans ma bouche
Nouées avec le fil du temps
Tu ne disparais pas
Alors j'attends, les yeux presque clos
Le moment de mon propre effacement 



Mai 2011 




Corps d'élite









Fredonnées, tant de barcarolles
Qui laissèrent sur les papilles
Un avant-goût de fruit
 Puis l'affreuse acidité des malentendus
 Une autre peau demeure une partition illisible
Évaporé, celui qui devait amener mes organes
Au principe des vraies surprises
De ses missions lacustres de me dissoudre dans l'infini
Aucune n'a tenu
 Et le corps, lui
Qui se prend à songer
Ne fut jamais moins bien gardé
La nuque laissée béante avec, de là
La mémoire qui coule







Janvier 2011 



Corps de garde





Fendre le lendemain
Reprendre le fil des vieux arrangements
Drainer des larmoiements le bord des routes
Marcher à plein temps vers l'espacement
Penser peu
Il y a de moi resté quelque part
L’heure semble avoir sonné plusieurs fois 
Il est trop tard pour les beautés de l'impossible
La langueur de la sagesse, le peu d'enthousiasm
Devoir l’apprendre
Le difficile nivellement des désappointements
Et l’estompage au bord des lèvres de leurs empreintes
Penser peu 
Penser uniquement si ma bouche le permet
Qui me mène où reprendre à la source
Écouter à l’envers pour ne pas tout à fait m'écouler
Se retirer, se reprendre
Parler face aux mutismes
Pour leur dire à voix basse
Les mots d'une ignorance qui protège



Avril 2011 




Garde du corps






Pellicule épaisse
Sous l'atonie, le corps s'ennuie
Il s'écoute absorber les journées
Et se souvient de paroles enterrées
Aussi minéralisées que la plainte du soldat inconnu
Il se souvient, là est sa perte
Du jeu des magnétismes et des offres adorables
Qui l'emmêlaient soudain aux fils de ses penchants
La peau est criblée d'ondes électromagnétiques
Pieds et poings liés à la bouche qui les devançait
Toujours avide des alertes et des éclats perdus
Des effets d'un style familier, un épiderme si connu, avant
Dans une autre vie obsédante






Mars 2011